Mes enfants & moi

Quadra, infertilité, PMA et don d’ovocytes

enceinte 40 ans PMA

Il y a quelques semaines, j’étais invitée en Espagne par la clinique EUGIN, spécialisée dans les problèmes d’infertilité. Située à Barcelone, cette clinique catalane est réputée dans les traitements de PMA (procréation médicalement assistée), mais ce voyage de presse était plus particulièrement axé sur le don d’ovocytes.

Pourquoi avoir accepté cette visite, moi qui suis l’heureuse maman de 2 filles, que j’ai eu à 25 et 28 ans ? Tout simplement parce qu’une femme sur dix éprouve des difficultés à tomber enceinte. Parce que les femmes ont des enfants plus tard. Parce que les contraintes de vie d’aujourd’hui nous poussent à poursuivre nos études, puis commencer notre carrière avant de penser aux enfants. Parce que les femmes souhaitent tout simplement, parfois, choisir d’être mère quand elles le veulent. Parce que les familles recomposées sont plus nombreuses, et des désirs tardifs de maternité surviennent alors.

Sujet délicat, mais qui concerne de plus en plus de quadras aujourd’hui. Je suis donc partie en Espagne, sans me poser de questions, sans a priori, mais avec tout de même le sentiment d’aborder un sujet encore très tabou en France.

La fertilité en chiffres

  • A partir de 35 ans, une femme sur six rencontrera des difficultés pour tomber enceinte. A 25 ans, la probabilité de tomber enceinte à chaque cycle est de 25% ; à 35 ans, la probabilité chute à 12% puis à 6% à 40 ans.
  • 80 millions de couples dans le monde seraient concernés par des problèmes d’infertilité.
  • 15% des couples en France consultent pour des problèmes d’infertilité et 33% des femmes souffrent de troubles de l’ovulation ou d’infertilité.
  • On estime à 38 000 le nombre de femmes de plus 40 ans ayant accouché en 2012, alors qu’elles n’étaient de 8 000 en 1978.

Pourquoi se tourner vers un centre de PMA en Espagne ?

Il faut sans doute poser cette question à tous les couples confrontés à un traitement de PMA en France. Un parcours semé d’embuches, souvent long et pas toujours compatible avec notre fameuse horloge biologique. Tout comme en France où les questions de PMA sont régies par la loi de bioéthique, la législation espagnole règlemente les pratiques de procréation médicalement assistée. Elle reste cependant plus souple et autorise toutes les femmes à recourir à ces traitements, sans exception de situation familiale ou maritale. Quant à la limite d’âge pour bénéficier d’un don d’ovocytes, chaque clinique fixe ses propres règles.

Je ne vous parlerai que de la clinique Eugin, n’ayant pas eu l’occasion de visiter d’autres centres. Créée en 1999, Eugin pratique 14 000 traitements par an, 40% de leurs patientes sont françaises, et la moyenne d’âge des receveuses d’ovocytes est de 41 ans. La limite d’âge pour bénéficier un don est fixée à 50 ans. Bien entendu, dans le respect de la loi espagnole, la clinique ouvre ses portes à toutes les femmes, qu’elles soient en couple, célibataire ou homosexuelles.

Pourquoi cette clinique attire autant de françaises ? La rapidité dans le traitement des dossiers, l’accueil 7 jours sur 7, la discrétion et la francophonie du personnel y sont sans doute pour beaucoup. Les prises de rendez-vous sont rapides, et le traitement peut commencer dans le mois suivant le premier entretien. Bien entendu, cela a un coût pour la receveuse : 6000 € environ. A titre de comparaison, il est important de souligner qu’en France, tous les soins engendrés par la PMA sont pris en charge par la sécurité sociale.

Qui sont les donneuses d’ovocytes ?

Selon les chiffres communiqués par la clinique, les donneuses d’ovocytes ont entre 18 et 35 ans, 45% d’entre elles sont déjà mères et 60% exercent une activité professionnelle. Elles subissent une évaluation psychologique, un check-up médical, un bilan génétique et un bilan moléculaire, ce qui permet d’exclure les maladies génétiques graves. Après ces tests, seules 47% d’entre elles sont aptes à donner leurs ovocytes.

Contrairement en France où le don d’ovocytes est volontaire, gratuit et anonyme, chaque donneuse reçoit en Espagne un dédommagement fixé par un comité éthique d’environ 1000 €, en compensation des stimulations pratiquées et des différents rendez-vous médicaux. Pratique courante, le don d’organe vivant semble d’ailleurs faire partie de la culture espagnole.

Comment la donneuse est-elle choisie ?

Dans le cadre d’un don d’ovocytes, la loi espagnole impose qu’une ressemblance physique avec les futurs parents soit respectée. Ainsi la similitude phénotypique avec la receveuse sera déterminante dans le choix de la donneuse, mais également la compatibilité du Rh et la compatibilité génétique. Ce matching réalisé en amont entre la donneuse et la receveuse évitera au futur enfant de naître porteur d’une maladie grave.

Au cours de notre séjour, nous avons également rencontré 2 donneuses avec qui nous avons échangé en toute liberté. Deux jeunes femmes qui se disent simplement heureuses d’aider d’autres femmes à devenir mère. Il semble d’ailleurs que ce sujet ne soit absolument pas tabou en Espagne, ces deux donneuses affirmant que le sujet est facilement abordé en famille ou entre amis. Enfin, ces jeunes femmes affirment ne ressentir aucun « sentiment maternel » au regard de leurs ovocytes.

Ma visite de la clinique

Si les locaux peuvent sembler au premier abord exigus et plutôt froids, ils sont en tout point modernes et équipés d’un matériel de pointe. On sent un processus d’accueil finement rodé, une équipe habituée à traiter de nombreux dossiers. Une psychologue est également présente pour répondre à toutes les questions posées, aussi bien par les donneuses que par les receveuses.

Je ne peux vous donner qu’un avis factuel, mais sincère, n’ayant pas été accueillie comme patiente et n’ayant pas vécu le parcours d’une receveuse. Je ne saurai vous parler de leurs questions, de leurs inquiétudes, de leurs doutes, de leur sentiment sur ces techniques proposées en Espagne. De l’avenir de leur enfant, des questions que ce dernier pourra se poser en grandissant. Je pense que de nombreux couples, quadras ou non, familles recomposées ou non, traversent des périodes très difficiles en France lorsque l’horloge biologique tourne, que la difficulté de tomber enceinte augmente et que peu d’alternatives rapides leur sont proposées en France. Si le don d’ovocytes existe bien en France, plusieurs années sont parfois nécessaires avant de pouvoir bénéficier d’un don, étant donné le manque cruel d’ovocytes en France.

Bien sûr, on peut évoquer le débat sur la PMA pour les couples homosexuels ou les femmes célibataires, le prix de ces dons d’ovocytes en Espagne, mais là n’est pas le débat ni mon propos. On peut aussi juger ces femmes qui tardent à concevoir un enfant, allant ainsi contre nature alors qu’elles auraient pu tomber enceinte tout à fait naturellement quelques années auparavant. Seule mon envie était d’éclairer toutes les femmes, en particulier les quadras, quel que soit leur cheminement de vie, leur maladie ou leur choix, en quête d’une solution à leur désir de maternité. Peu importe leur cheminement et leur vie. Même si je me questionne encore sur les dérapages qu’un tel système pourrait engendrer. Que ce soit au niveau du cadre financier que des dérives soulevées par les questions éthiques, notamment le matching réalisé en amont.

Il est certain qu’une telle visite soulève bien des interrogations. J’en suis ressortie quelque part bouleversée quand, au cœur des incubateurs, j’ai ressenti la vie autour de moi alors qu’il n’y avait que des murs blancs, des bacs froids et métalliques. Je trouve que ces progrès sont fascinants, mais les dérives possibles. Pourtant cette solution permet chaque année, à de nombreuses femmes de donner la vie.

Et vous, avez-vous eu recours à la PMA ?

N’hésitez pas à me faire part de votre expérience, de votre parcours, de vos interrogations ou de vos craintes. 

 

 

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3 Commentaires

  • Répondre mary 3 mars 2017 at 06:36

    quel parcours du combattant, je connais bien et aujourd’hui je suis maman d’une adorable petite fille… courage à celles qui traversent tout ça, ça vaut le coup de se battre.

  • Répondre Christelle 16 mai 2017 at 13:54

    j’ai eu un parcours quelque peu semblable sauf que moi j’étais dans une clinique en Ukraine Biotexcom pour recevoir un don d’ovocytes vu les queues d’attente énormes chez nous, donc j’ai pris l’avion pour Kiev et je regrette pas en fait, tout c’est bien passé et je suis revenue enceinte et après j’ai mis au monde une petite fille adorable:)

    bonne chance!!!

    • Répondre sandrine 16 mai 2017 at 15:18

      Merci pour ton témoignage Christelle, et bienvenue parmi nous ! Et un bisou à ta puce 😀

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